Alarme, n° 6, octobre-novembre-décembre 1979 (p. 10-11). PDF du numéro complet

Licenciement de Schenkel James, le 23 Juillet 79 par des chefs de Peugeot Sochaux (Mécanique nord). Motifs du licenciement: le 13-7-79 Schenkel, ouvrier P1 à l'entretien mécanique nord, a vu un chef d'équipe nommé Beaugrand ramasser des tracts déposés dans l'atelier; Schenkel reprocha son action à Beaugrand et lui demanda s'il était flic, ou kapo, ou agent de maîtrise? La direction reproche aussi à Schenkel d'avoir menacé Beaugrand, ce qui est faux selon les témoins.

Schenkel James a 41 ans, il travaille à Sochaux depuis 24 ans, il est marié et père de 3 enfants.

(extrait d'un tract du "Groupe autonome ouvrier égalitaire" Peugeot Sochaux Août 1979)

SOUTIEN: envoyez vos mandats à James Schenkel, 50 Fg D'Alsace, Giromagny 90200

Nous sommes conscients du fait qu'un tel soutien ne mène pas à grand chose, et ne mènera à rien tant que la classe à laquelle appartient James, et plus particulièrement les camarades de travail de James, n'entament pas une grève illimitée jusqu'à la réintégration de leur camarade à Sochaux Peugeot et ce en dehors des syndicats qui ne pourraient ainsi mystifier le prolétariat en se faisant passer pour ce qu'ils ne sont pas: des organismes de la classe ouvrière. Sur ce point, James, en tant qu'ouvrier révolutionnaire, doit absolument renier tout appui (appui pour mieux le couillonner) de la part des syndicats et n'accepter que la solidarité du prolétariat lui-même. Une réintégration de James dans l'entreprise Peugeot Sochaux par l'entremise des syndicats serait une défaite autant pour James Schenkel que pour le prolétariat dans son ensemble. Ce serait la preuve que l'on peut faire ce que l'on veut du prolétariat et de ses éléments les plus radicalisés. Donnons la preuve du contraire: aucun compromis, la lutte.

Ci-dessous, nous faisons paraitre la correspondance que nous avons eue récemment avec James. Ceci parceque cette correspondance nous semble soulever un certain nombre de questions importantes sur la tactique à employer par les éléments radicalisés de la classe prolétarienne dans leur lutte contre le capitalisme et ses divers défenseurs, Patrons, Etat, Partis de l'"extrême-droite" à l'"extrême-gauche" et Syndicats, et également nous montre un exemple particulièrement significatif de collusion entre syndicats et patronat.

le 31/08/79

Salut James

Nous avons donc appris ton licenciement par le journal "Libération" comme nous te l'avions écrit précédement et nous avons depuis reçu la revue à laquelle tu participes: "La Cochenille".

Par rapport à ton licenciement, nous n'allons pas répéter ce que nous t'avons déja dit dans notre lettre précédente. Simplement, nous insistons sur le fait que c'est le capitalisme dans son entier qui est la cause de ce qui t'arrive aujourd'hui et non uniquement Peugeot. N'importe quelle entreprise aurait eu la même attitude face à ton activité. Nous publierons dans notre prochain numéro, ALARME n°6, une note à ton sujet et au sujet de ton licenciement par Peugeot. Dis-nous ce que tu aimerais y voir figurer et surtout tiens-nous au courant.

Mais reprenant ta propre attitude envers tous les prolétaires qui aujourd'hui se prostituent lamentablement sans oser se rebeller, nous ne tenons pas -comme d'autres le font- à rester béats d'admiration devant un prolétaire combattif et révolutionnaire. La critique est le seul moyen d'avancer lorqu'elle est justifiée, autant pour ceux qui en font l'objet que pour ceux qui la font d'ailleurs. Et nous pensons que ton attitude vis-à-vis des syndicats est trop conciliante. Voici pourquoi: dans "la Cochenille" nous avons relevé ta "lettre aux syndicats CGT-CFDT" et elle exprime, selon nous, des positions qui méconnaissent en réalité les principaux aspects de ce que sont les syndicats. Tu sembles opposer CFT et fascisme aux syndicats CGT-CFDT, et associer ces derniers aux combats de la classe ouvrière "puisque visant le même objectif" que toi, c'est-à-dire "arriver un jour à un autre type de société", mais luttant cependant avec des moyens "différents" des tiens.

D'une part, si les syndicats te défendent, ce n'est pas parceque tu n'est pas un agent de la CFT mais parceque cela leur est utile: primo pour leur propre publicité, leur propre crédibilité; secundo, pour prouver la fausseté de ton combat opposé aux syndicats: faux!, en effet, puisqu'en fin de compte tu appelles à l'aide ceux que tu attaquais -c'est donc, ne manqueront pas de souligner directement ou indirectement les syndicats, que ceux-ci sont nécessaires et utiles, et qu'ils défendent les ouvriers. Si les syndicats ne te défendent pas par contre, alors ce ne sera pas parcequ'ils te considèreront comme un agent fasciste mais bien parcequ'ils reconnaissent en toi un révolutionnaire. D'autre part les syndicats ne font pas partie du combat de la classe ouvrière et ils ne luttent pas avec des moyens différents de ceux des révolutionnaires mais visant le même objectif que ceux-ci! Les moyens qu'emploient les syndicats sont en relation avec leur rôle: encadrement, police, soumission des prolétaires. Leurs moyens sont donc différents de ceux des révolutionnaires mais c'est parceque leur objectif est différent, fondamentalement! Ils se consacrent à l'écrasement des opprimés et des exploités, à ce qu'ils soient toujours ce qu'ils sont présentement tandis que nous, nous nous consacrons à leur émancipation, à la disparition des classes et de la misère sociale, culturelle, affective, etc... à laquelle est liée leur existence. Bien sûr, lutte pour ta réinsertion à Peugeot-Sochaux, avec l'appui des syndiqués y compris, mais non chapeautée par les syndicats car ce parrainage, s'il s'établit, sera le meilleur et le plus inattaquable des arguments à opposer à ceux qui combattent les syndicats et leurs mensonges. Lutte donc pour ta réinsertion mais en dehors des syndicats jusqu'à les acculer à se dévoiler (à ce sujet: l'attitude des délégués CGT et CFDT soulignée en haut de la page 4 et au bas de la page 8 de "La Cochenille" nous paraît être caractéristique de l'attitude normale qu'ils prennent, mais ce n'est pas uniquement l'attitude des délégués syndicaux qui doit être relevée et soulignée, c'est l'attitude des syndicats en tant qu'organismes répondant à un certain rôle au sein du capitalisme, rôle qu'il s'agit de rendre évident).

Voilà!, nous t'avons critiqué sur la position que tu prends vis-à-vis des syndicats. Mais nous aurions la désagréable impression de faire les censeurs si toi-même tu ne critiques pas nos positions. Aussi, nous t'incitons à le faire en toute simplicité mais cela, bien sûr, si tu en as le temps car nous nous rendons compte que le problème de ton licenciement doit t'accaparer beaucoup. En tout cas, tiens-nous au courant de ce qui va se passer.

Avec notre soutien le plus fraternel pour la réussite de ton combat contre Peugeot

F.O.R

Giromagny le 7/09/79

Salut à tous,

D'accord le capitalisme est le principal fautif de mon licenciement, mais il y a mais: capitalisme connait pas, par contre je connais tous ceux qui le créent, je connais la pyramide qui le maintient. Je connais la lâcheté de mes frères de travail, les saloperies de la hiérarchie etc...

Pour moi il faut attaquer le Capital à la tête et à la base.

Effectivement nous avons fait des erreurs face aux syndicats et partis mais nous allons rectifier le tir. Sur certains points nous sommes coincés par les syndicats ne serait-ce qu'aux prud'hommes. Donc ce que nous voulons de leur part ce n'est pas un soutien, mais une neutralité.

Les syndicats peuvent crever par contre il y a des syndiqués très chouettes et c'est de ceux-là que nous avons des bons témoignages, et beaucoup se posent des questions déjà.

Fraternelles amitiés à tous

SCHENKEL.