Alarme, n° 7, janvier-février-mars 1980 (p. 18-19). PDF du numéro complet
Le régime de M.Amin se révélant incapable de maintenir l'ordre, la Russie l'a remplacé. Avec l'appui de quelques dizaines de milliers d'hommes de troupe de l'"Armée rouge" et son matériel le plus sophistiqué, M. Karmal, apporté dans les bagages des militaires russes (tiens!, décidément c'est une manie... déjà la France il y a quelques mois en Centre-Afrique, maintenant la Russie en Afghanistan: les moyens de transport des futurs chefs d'Etat sont identiques si ce n'est l'emblème peint sur la carlingue des avions), M. Karmal donc, a posé son cul sur le trône de souverain d'Afghanistan, maître après Brejnev... et après Dieu, car une des premières déclarations du nouveau seigneur n'a-t-elle pas été de rendre hommage à la "sainte religion islamique".
Depuis Avril 78, déjà deux gouvernements s'étaient succédés, les deux chefs de ces gouvernements subissant tour à tour un sort que nous pourrions dire tragique si nous avions quelques larmes à dispenser sur la destinée de défenseurs de l'ordre capitaliste. Avril 78, le pouvoir est pris par les staliniens pro-russes lors d'un coup d'Etat appelé faussement "révolution" -car c'est ainsi que l'on écoeure le prolétariat: en lui présentant à la queue leu leu chronologiquement des tas et des tas de "révolutions", toutes fausses bien entendu et de surcroit coups d'Etat (avec plus ou moins grande participation des masses mystifiées) tous plus réactionnaires et sanglants les uns que les autres.
Pourquoi la Russie s'intéresse donc à l'Afghanistan? Parceque la Russie, en "bonne" puissance impérialiste, poursuit deux objectifs généraux dans sa politique internationale -sans compter bien sûr celui, primordial, d'écraser toute tentative de révolution authentique-: soit conquérir un pays parcequ'il lui serait intéressant de le piller, soit conquérir un pays parcequ'il occupe une place stratégique importante (ou la combinaison de ces deux objectifs). L'Afghanistan, lui, occupe une place stratégique de la plus haute importance: il est sur le chemin de l'Océan Indien. Et l'objectif impérialiste recherché dans cette affaire par la Russie offre à Moscou l'opportunité de masquer ses difficultés intérieures. Voilà appliqué le principe de toute dictature de classe exploiteuse: "quand tu as des problèmes à l'intérieur, fais la guerre à l'extérieur".
En Avril 78 et jusqu'à ce dernier coup d'Etat de Décembre 79, la Russie n'était pas intervenue directement "manu militari". Elle a longtemps préféré agir par pantins interposés comme elle le fait actuellement dans bien des pays. Mais le dernier pantin en place, le dénommé et feu Amin, n'arrivait pas à maintenir l'ordre et notamment à éliminer la révolte islamique et tribale qui petit à petit s'était renforcée. Cette révolte provient, comme un peu en Iran, du choc donné à la société du pays par l'industrialisation capitaliste, qui, rappelons-le, n'est nullement progressive car effectuée sur la base du mode de production capitaliste dont la survivance va aujourd'hui à l'encontre de l'histoire et du progrès social. Le renforcement de cette révolte -au demeurant aussi réactionnaire que le stalinisme auquel elle s'affronte-, de même que la décomposition du régime de M. Amin, ne pouvaient plus être acceptés par la Russie.
L'intervention militaire russe en Afghanistan aura des conséquences internationales évidentes: l'Iran, l'Afghanistan, le Pakistan, l'Inde se trouvent plus que jamais être au centre des disputes d'influence des deux grands. Craignons que la guerre mondiale ne vienne de ce coin du monde, ou encore d'Asie du Sud-Est. Et vous tous, oui, vous, prolétaires français, si loin de tous ces champs de bataille, là-bas à l'autre bout de la terre, que vous n'entendez pas les souffrances de tous ces martyrs sacrifiés sur l'autel du partage impérialiste du monde et que vous ne voyez pas la menace que ces disputes entre grandes puissances, pour savoir qui exploitera nos frères prolétaires de ces pays lointains, font planer sur tout le genre humain; oui vous, prolétaires de ces pays si riches parait-il mais où vous êtes si pauvres socialement, prolétaires d'Europe et d'Amérique, réagissez car sinon vous mourrerez en masse comme vous avez vécu... à plat ventre. Le destin de ces drames qui se passent si loin de nous se joue ici même et la responsabilité des massacres et des nombreux crimes portés contre l'humanité, jusqu'à la future boucherie mondiale si nous ne sommes pas capables de l'empêcher, repose sur nos épaules.
30 Décembre 79