Alarme, n° 12, avril-mai-juin 1981 (p. 17-18). PDF du numéro complet
Si la grève générale de 24 heures contre la vie chère, organisée par le syndicat CDT proche de l'USFP ( parti socialiste du Maroc ), a été localement suivie dans l'ensemble du pays, à Casablanca* elle s'est rapidement transforméé en émeute.
L'augmentation de 20 à 80% des produits de première nécessité n'explique pas à elle seule la violence ouvrière et le débordement du syndicat. Depuis 1975 la guerre du Sahara accrôit sans cesse la misère sociale et économique. En plus de cette constante, la sécheresse exceptionnelle de cette année pousse quotidiennement plus d'un millier de prolétaires ruraux vers l'énorme ghetto social (bidonvilles ) qui cerne Casablanca. A cause de cet exode rural massif, du chômage énorme et de l'hermétisme des bidonvilles, il est impossible au syndicat CDT, malgrè son prestige de sydicat " oppositionel ", de conquérir l'influence réelle qui lui est nécessaire pour réprimer tout mouvement social de l'intérieur. Pour cette raison le syndicat CDT a été, malgrè lui, le spectateur impuissant de la violence de classe. Pillage et incendies de banques, de magasins, de voitures particulières, affrontements avec les flics et l'armée: c'est par ces actions que les jeunes prolétaires de Casablanca ont répondu à la violence capitaliste.
Mais si le mouvement a débordé le syndicat CDT il ne l'a pas remis en question en tant que force capitaliste; il n'a pas attaqué cette organisation dont l'existence dépend de la survie du travail salarié et qui au Maroc détient sa légalité par sa solidarité avec Hassan II dans le conflit du Sahara.
Les révolutionnaires doivent affirmer, contre les pacifistes de tout crin, que c'est par ce type d'affrontements que les prolétaires pouront dépasser leur pensée immédiate. Ils doivent affirmer cela quelque soit l'ampleur des saignées que le monstre capitaliste fait subir à la classe ouvrière (bilan des émeutes: plus de six cents morts, des milliers de blessés, 2 à 3 milles arrestations). Mais justement parcequ'ils ne sont pas insensibles à la sauvagerie capitaliste, les communistes doivent aider les ouvriers à dépasser leurs objectifs immédiats. Certaines défaites ont une valeur éducative immédiate, d'autres et dans certaines conditions alimentent la résignation et le désespoir. Ces conditions défavorables sont profondément liées au mouvement et à son but. Et quel fut le but des insurgés de Casablanca? le même que celui du syndicat: ouvrir la porte des négociations! Non! Il n'y aura jamais de solution pour le prolétariat dans le cycle revendications/négociations.
Les seules revendications positives sont celles qui attaquent les rapports de production capitaliste donc le travail salarié; et sur ce terrain toute négociation est impossible! De plus ce n'est pas en réclamant la mort aux larbins du Capital ( interview d'un manifestant in Le Monde du 26/06/81) mais en s'organisant et en s'armant individuellement que le prolétariat trouvera la confiance qui lui est nécessaire pour détruire les conditions de survie inhumaines auxquelles le capitalisme le soumet. Pour insufler un certain espoir, c'est-à-dire pour empêcher que la violence ouvrière ne soit entraînée par les forces capitalistes légales et "illégales" de l'extrême-gauche sur le terrain marécageux de la "lutte contre le régime", les éléments les plus avancés (ils existent sûrement) doivent combattre par tous les moyens le bavardage démocratique capitaliste. Parceque la guerre augmente considérablement la misère sociale, ils doivent déclarer la "guerre à la guerre" contre tout les défenseurs de "l'intégrité du territoire national" et par là même de l'économie nationale. Aujourd'hui " l'opposition " réclame la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les émeutes; face à cette mystification d'une " justice au dessus de la lutte de classes " les ouvriers les plus conscients de Casablanca doivent lancer des appels à la solidarité internationale prolétarienne afin que la justice prolétarienne triomphe de de la barbarie capitaliste.
* Casablanca est considérée comme la capitale du Maroc, c'est aussi la ville la plus peuplée, 3 millions d'habs, dont 1 million vit entassé dans un des bidonvilles les plus importants du pays.