Alarme, n° 14, octobre-novembre-décembre 1981 (p. 9-10). PDF du numéro complet
On vient de nous annoncer récemment, à grands renforts de publicité, ces nouveaux droits. Avec les nationalisations, ils sont présentés comme étant une victoire ouvrière obtenue grâce au gouvernement "socialiste". Le rapport Auroux, qui est à la base de ces nouveaux droits, comporte quatre volets:
- Reconstituer la communauté de travail.
- Développer la négociation collective.
- L'information au sein des entreprises.
- L'expression des salariés.
Comme l'ont dit certains membres du gouvernement: "il s'agit de mobiliser de l'ouvrier jusqu'au patron"; et cela on sait dans quel but: gagner ou ne pas perdre la guerre économique internationale que se livrent les Etats capitalistes rivaux. Il s'agit que l'appareil productif français puisse réussir à temps sa restructuration.
Le P."S". veut centraliser aux mains de l'Etat tous les leviers économiques importants; d'où les nationalisations. De plus le P."S". pense, à juste titre, que sans cette mobilisation générale, la partie serait, sinon perdue, du moins sérieusement compromise; d'où les "nouveaux droits du salarié". La politique des nationalisations a déjà fait ses preuves en tant que politique capitaliste. Concentrer les moyens de production aux mains de l'Etat est une nécessité du capitalisme décadent et sa tendance fondamentale mise en pratique empiriquement par la contre-révolution Russe.
En France, malgré la fureur de bon nombre de capitalistes privés, les intérêts du Capitalisme français l'emportent sur les intérêts capitalistes particuliers.
La tendance générale du capitalisme est que le particulier se fond dans le général comme la cellule disparait dans l'organe.
On voit donc que, malgré les cris appeurés de certains capitalistes privés, le P."S". ne mène pas une politique stupide, comme ils le prétendent, au contraire elle tient compte des principales données économiques et sociales du capitalisme décadent. Mais le principal n'est pas là; le principal est que stupide ou pas, la politique du P."S". est une politique capitaliste et donc anti-ouvrière.
Pour la guerre économique, que le P."S". veut mener à bien, il faut des soldats disciplinés, c'est à dire des travailleurs productifs.
Pourquoi développer la négociation collective? Parce que la négociation, en tant que but à atteindre dans un mouvement social est une défaite du prolétariat. En effet, celui-ci est dépossédé des moyens de production, des richesses qu'il produit; pour les récupérer il faudra user de violence, à un stade du mouvement, contre la police, l'armée, etc, qui sont là pour défendre la propriété privée des moyens de production. La paix sociale est le bouillon de culture dans lequel chaque Etat national réalise le mieux possible sa croissance économique.
La paix sociale, c'est-à-dire notre passivité face à l'exploitation que nous subissons, le vol quotidien des richesses que nous produisons, c'est cela que le P"S" (comme les tendances qui le précédèrent à la tête de l'Etat) veut réaliser. Leurs intérêts sont contraire aux nôtres.
Pourquoi développer l'information au sein de l'entreprise? Parceque l'information développée ne sera bien sûr pas révolutionnaire. Elle portera sur les investissements qu'a réalisé ou que réalisera l'entreprise, sur les stocks et sur éventuellement, la manière de les résorber... Oui, ils veulent nous intéresser à la vie de l'entreprise comme si nos intérêts et ceux des chefs d'entreprises étaient les mêmes. Ils veulent susciter dans nos rangs de l'intérêt à voir les investissements s'améliorer, les stocks diminuer quelque peu, les profits augmenter, en un mot à voir l'entreprise bien fonctionner. Les travailleurs les plus "capables" auront les postes les mieux payés. "Les plus capables", c'est-à-dire ceux qui seront les plus capables de rentrer dans le jeu où le semblant de démocratie cache la dictature du capital sur le travail, où le semblant d'information cache l'ignorance dans laquelle on veut nous maintenir.
Nous ne cherchons pas à gérer ou à contrôler le système capitaliste, nous cherchons à le détruire. Le problème des stocks sera alors réglé radicalement: nous nous les réapproprierons; en ce qui concerne le profit de l'entreprise, la solution n'en sera pas moins radicale: il disparaîtra en même temps que l'entreprise capitaliste.
Le terrain sur lequel ils veulent nous enfermer n'est pas le nôtre; un combat engagé avec eux sur ce terrain, sera toujours perdu pour nous car:
1°) Pour avoir toutes les données en question (sur telle ou telle entreprise) il faudrait être au comité d'entreprise, c'est-à-dire échanger une éventuelle révolte contre un poste haut placé et la totale information sur l'entreprise.
2°) Et c'est le plus important: il ne s'agit pas de réclamer que le patron nous informe, nous consulte sur les intérêts de l'entreprise, il s'agit de lutter pour imposer nos intérêts qui sont radicalement opposés à ceux de l'entreprise et du capitalisme en général. Il s'agit donc d'engager la lutte sur notre terrain. Notre terrain de lutte n'est pas conjoncturel, c'est-à-dire n'est nullement fonction principalement et fondamentalement de la conjoncture, de la situation de telle ou telle entreprise. Non, il est bien plus profond, il est radical, il est fondamentalement fonction de la situation qu'occupe notre classe dans cette société et des possibilités et nécessités historiques. Nous luttons contre les bases-mêmes de cette société, le conjoncturel ne peut donc intervenir au mieux que secondairement.
Pourquoi développer l'expression des salariés? Toujours dans la même optique; si les salariés donnent leurs avis sur la politique économique de l'entreprise, sur la nécessité de tel ou tel investissement, alors une profonde paix sociale régnera, au grand bonheur des capitalistes. Que les exploités donnent leurs avis sur la manière dont il faudrait qu'ils soient exploités pour que soit réalisé un meilleur profit, voilà une situation rêvée pour les exploiteurs. Cette "expression" des salariés ne sera d'ailleurs plus exactement (cf le texte de loi) qu'une expression syndicale. Quoi de plus normal; ceux-ci n'ont pas pour fonction la destruction du capitalisme, au contraire ces organismes permettent que les luttes restent isolées, ils ne s'attaquent qu'à certains effets de ce système, au lieu de s'attaquer aux causes (attaquer la concentration du capital entre autre par la réappropriation des produits que nous fabriquons.)
Notre conclusion sera simple: face à la mobilisation générale que les capitalistes veulent réaliser — nous mobiliser pour la paix qui n'est qu'une guerre économique, ou plus tard pour la guerre par armées interposées — opposons notre lutte. Luttons contre leurs guerres, appliquons dans un cas comme dans l'autre le défaitisme révolutionnaire. Que l'Etat français lutte contre les Etats rivaux uniquement par des moyens économiques ou qu'il le fasse aussi par des moyens militaires, il n'en reste pas moins Etat capitaliste et donc il a besoin de nous comme bétail humain, comme troupe de manoeuvre. Les intérêts économiques et militaires de l'Etat capitaliste ne sont pas les nôtres, au contraire ce sont ceux des exploiteurs. Si en temps de guerre il s'agit de refuser de défendre la patrie, il en va de même en temps de paix ou de guerre économique. Luttons donc contre la mobilisation générale "du patron jusqu'à l'ouvrier" que veut réaliser le P."S".