Alarme, n° 14, octobre-novembre-décembre 1981 (p. 11-12). PDF du numéro complet
Les termes guerre et paix sont employés fréquemment dans les journeaux et sur les ondes. Ils le sont encore plus depuis que le gouvernement américain s'est prononcé pour une modernisation de l'OTAN. Cette décision a en effet été suivie par une vague pacifiste que le stalinisme international entre autre, ou provoque (P"C" occidentaux) ou aide (pacifisme en Allemagne et dans les pays nordiques). Ces termes guerre et paix nous sont présentés, que ce soit par les pro-russes ou par les pro-américains, comme étant l'alternative fondamentale. Ils nous disent que seule la paix peut amener le progrès social. Ils parlent des gens qui vivent en France en employant "nous", et supposent donc que les gens qui y vivent forment une entité ayant des intérêts communs. Les uns comme les autres s'accusent mutuellement de vouloir provoquer la guerre, et se déclarent les tenants de la paix.
Mais d'abord, de quelle guerre, et de quelle paix nous parlent-ils? Bien sûr, de la guerre et de la paix dans le système dans lequel nous vivons, c'est-à-dire le capitalisme. En effet, le système social en Russie n'est pas communiste mais bel et bien capitaliste; les ouvriers de l'Est comme ceux de l'Ouest restant privés des moyens de production (et exploités), la propriété privée des moyens de production est donc autant en vigueur à l'Est qu'à l'Ouest. La paix et la guerre, qu'on nous présente, ne sont donc pas la paix et la guerre entre capitalisme et communisme, mais la paix capitaliste et la guerre capitaliste. Mais continuons ainsi: qu'est ce que la paix capitaliste? Le capitalisme est le système social dans lequel une classe possède les moyens de production, et où une autre classe est dépossédée de tout (c'est à dire fondamentalement des moyens de production, et de la production générale); elle doit vendre quotidiennement sa force de travail pour pouvoir acheter de quoi subsister, de quoi reproduire sa force de travail (nourriture, vacances...). La paix capitaliste est obtenue lorsque cette exploitation quotidienne se déroule "paisiblement", c'est-à-dire sans guerre avec un Etat capitaliste rival, ou mieux pour les capitalistes, sans guerre sociale, c'est à dire sans révolte ou révolution faite par le prolétariat.
Leur paix ne tient donc que par notre passivité face à l'exploitation et la violence que nous subissons.
Qu'est ce que la guerre capitaliste? Elle est obtenue, entre autre, lorsque la guerre économique que se livrent les Etats capitalistes en période de paix, passe à un stade supérieur et se transforme en guerre par canons interposés.
Leur guerre n'est donc que notre passivité pour être enrolés dans une armée pour se battre contre d'autre prolétaires enrolés eux aussi pour la défense de la patrie.
Leur paix comme leur guerre c'est notre passivité, notre défaite. Et c'est sur ce terrain que les pro-Russes, comme les pro-Américains veulent nous cantoner. Leur alternative est aussi étroite que l'est ce système social relativement aux possibilités et nécessités humaines. Elle n'a pas plus de raison d'être que le système social dont elle est le produit. Et c'est pour cela qu'elle doit être dépassée, détruite, au profit de l'alternative fondamentale: passivité ou révolution, capitalisme ou communisme. En temps de paix (guerre économique, concurence) comme en temps de guerre, ils veulent nous enrôler pour défendre des intérêts qui ne sont pas les nôtres, qui sont opposés aux nôtres (défendre la patrie en travaillant plus et plus vite ou en donnant son sang). Notre lutte n'est pas celle d'une clique capitaliste contre une autre, car avec l'une ou avec l'autre notre exploitation demeure; nous restons dépossédés des moyens de production. Notre lutte, c'est classe contre classe. Les intérêts des capitalistes Français sont notre exploitation pour pouvoir réaliser la plus-value. Les nôtres: mettre à bas cette exploitation pour construire une société où les moyens de production appartiendront à la communauté humaine, et où la production ne sera faite qu'en fonction des besoins, et non pas, comme maintenant, en fonction des profits d'une classe d'exploiteurs.
Lutter pour la paix est non seulement propager une illusion, mais est aussi foncièrement réactionnaire.
Illusion car que ce soit pour raison de concurence exacerbée, ou que ce soit pour d'autre raisons, la "paix" se transformera en guerre mondiale. De plus, la guerre apparait continuellement depuis le début du siécle, sur un lieu ou un autre de la planète.
Réactionnaire, car le communisme ne sera pas obtenu pacifiquement; les possédants défendront leurs possessions des moyens de production avec police et armée, et on sait qu'avec ces corps de guerre, il faudra faire la guerre, la nôtre, la guerre sociale. Tous les pacifistes, faux humanistes et vrais curés qui se déclarent anti-militaristes et qui se refusent à tout moment à toucher un fusil et tuer un autre homme, sont au mieux des paumés et au pire de dangereux réactionnaires. Ils prétendent avoir atteint le sommet de la radicalité anti-militariste en refusant à jamais la violence. Ils prétendent que l'armée est un corps à part, que l'Etat civil devrait éliminer ou réduire, suivant les variantes. Ils supposent donc par là même que les racines du mal sont dans la violence, qu'il s'agirait d'extirper de la société pour obtenir une société idéale.
Or une politique radicale, concernant l'armée ne peut se faire sans comprendre l'anatomie de la société capitaliste: les rapports de production. Une fois cette anatomie comprise, l'armée se comprend comme corps social violent créé pour défendre ces rapports de production et pour défendre des propriétaires nationaux des moyens de production. Pour être radicale, une telle politique doit donc sortir du cadre de l'armée pour s'attaquer aux racines du problème, à l'anatomie du corps social. A ce stade, elle perd le qualificatif, local, réduit, d'anti-militariste pour celui de communiste.
Nous venons donc de montrer où se trouvent les causes du problème: non dans la violence, qui n'est que conséquence, mais dans le fait que la société est divisée en classes, l'une possédant les moyens de production, l'autre ne possédant que sa force de travail qu'elle vend...
Leur "radicalisme" est donc aussi faux — une fois étudié le problème avec les outils révolutionnaires — qu'est sans raison d'être cette société: inconsciemment ou consciemment, les "pacifistes" défendent le capitalisme.
Crachons sur leur paix comme sur leur guerre. NI O.T.A.N., NI PACTE DE VARSOVIE.
Engageons la lutte sur notre terrain!