Alarme, n° 30, octobre-novembre-décembre 1985 (p. 12-13). PDF du numéro complet

Tous les moyens sont bons pour sauver la "Révolution" ! Ainsi l'entendent les dirigeants sandinistes qui ont suspendu pour un an les "libertés individuelles" en particulier la liberté d'expression, d'information et de libre-circulation, le droit de grève, c'est-à-dire tout ce qu'octroie la Démocratie, une des formes que revêt le Capital pour mieux affirmer sa domination.

Le commandant Ortéga justifie ces mesures par "la necessité d'affronter le renforcement d'une oppression extérieure qui vise à détruire la révolution nicaraguéyenne". Mais bizarrement ces mesures sont prises à la suite d'une grève des ouvriers du Bâtiment et qui ont manifesté devant le siège du gouvernement, et non à la suite d'une nouvelle offensive des "contras". Tout ceci n'est qu'une farce, car les soi-disant libertés individuelles ont depuis longtemps brillées par leur absence dans ce petit pays. Ortéga a seulement institutionnalisé par un décret la répression dèja instaurée. Pour consolider leur pouvoir les sandinistes n'ont pas hésité à s'attaquer à un secteur de l'église qui s'était prononcé en faveur d'un "dialogue national" avec les représentants de l'opposition armée anti-sandiniste. Mais tout cela n'est que querelle de pouvoir circonscrit à un système basé sur l'exploitation et le profit. Au Nicaragua rien de nouveau ! Tout mouvement qui ne s'attaque pas aux bases mêmes du système et qui n'a pas comme but la révolution sociale internationale, ne peut-être que réactionnaire.

Ne pouvant rester isolés, les sandinistes ont dû s'aligner aux côtés d'une des deux grandes puissances capitalistes. Ils ont choisi bien évidemment le plus offrant : le Capitalisme d'Etat russe. Grace à son soutien, les sandinistes ont pu jusqu'à présent contenir la pression militaire des "contras". Mais pour avoir droit à la protection du Grand Frère russe, le gouvernement nicaraguéyen n'a pas eu besoin de se cacher derrière l'étiquette socialiste. De toutes façons les sandinistes ont toujours donné de solides garanties de défenseurs du capital ; quel meilleur exemple que le décret qu'Ortéga vient d'annoncer à la population ! Pour les russes, l'aide au gouvernement sandiniste se traduit par l'élargissement de leur zone d'influence, gagnant ainsi des points sur le capitalisme occidental.

Mais que se cache-t-il derrière cette mascarade de révolution ? Mis à part les nouvelles mesures draconiennes, la population souffre du manque de transport, de pénurie alimentaire, du marché noir, de la spéculation, sans oublier l'impossibilité totale de s'exprimer sans risquer la prison. Quelle différence avec les traditionnelles dictatures -improprement appelées fascistes-, que l'Amérique-Latine connaît si bien ? Dans les deux cas ce sont les mêmes valeurs qui dominent : la Patrie, l'Etat etc. On exalte le sacrifice patriotique qui doit s'exprimer aussi par le travail, notament par une campagne pour gagner "la bataille de la production" afin d'améliorer la productivité : tout cela entraîne un surcroît de travail pour les classes exploitées. Une des principales caractéristiques de ces pseudo-révolutions est la militarisation de la population, son endoctrinement idéologique. D'autre part les sandinistes en matière de terrorisme n'ont rien à envier à des régimes comme l'Iran et mieux encore comme Cuba qui après 26 ans de "révolution socialiste" n'octroie même pas les libertés de la démocratie bourgeoise, qui elles-mêmes s'auto-éliminent dès que le prolétariat s'affronte à la base du système qui l'exploite. Ces régimes basés sur l'exploitation de classe n'a qu'un seul but : s'affirmer comme fraction du Capital international.

Nous ne pouvons de ce fait soutenir sous aucun prétexte, au nom du peuple ou du "socialisme", des mesures qui sont une attaque contre le prolétariat et destinées à perpétuer la société divisée en classes. Nous demandons aux "gauchistes" s'ils sont encore en admiration devant les exploits de la "glorieuse révolution nicaraguéyenne", et s'ils continuent à apporter leur soutien aux satrapes sandinistes. Dans leur logique aujourd'hui plus que jamais il faudrait soutenir l'Etat capitaliste nicaraguéyen face à l'agression du méchant "Oncle Sam". Nous, nous disons au prolétariat au Nicaragua : retournez vos luttes contre le FSLN qui vous opprime et vous exploite au nom d'une pseudo-révolution. Les sandinistes n'ont fait que remplacer la vieille clique capitaliste de Somoza. Pour affermir leur pouvoir ils sont disposés à frapper fort, très fort même, surtout s'il s'agit d'une opposition ouvrière dont les intérêts sont irréconciliables avec le capital. Par contre il est possible que les différentes fractions capitalistes -en l'ocurrence sandinistes et contras- puissent s'accorder face au péril d'une contestation ouvrière qui mettrait en question leurs intérêts capitalistes. Aucun soutien donc aux nouveaux patrons du Nicaragua.

Nous dénonçons toutes les formes d'oppression instaurées par le FSLN que ce soit sous la forme de comités, de syndicats sandinistes ou de décrets. Au Nicaragua comme ailleurs la seule lutte possible c'est le combat pour le communisme, l'abolition du travail salarié.