Alarme, n° 39, janvier-février-mars 1988 (p. 7-8). PDF du numéro complet

« Khomeiny a hérité du pouvoir divin du prophète et des imams ». « Ses décisions équivalent désormais à des commandements d'Allah et à des principes inviolables de l'Islam » — déclare le président de l'assemblée de curaillons dénommée Parlement. Et Khomeiny de sa propre voix (Le Monde, 11/02/88) : « le gouvernement fait partie de la vice-régence du prophète Mahomet ».

Les milliers d'enfants, déchiquetés par les mines qu'on les obligeait à déterrer pour faciliter l'avance de l'armée iranienne, représentent comme un condensé de l'atrocité écoeurante, toute théologique, de ce régime. Après celà, les sentences ecclésiastiques ordonnant de couper des mains, des jambes, des langues ou la tête, ou bien de crever les yeux, ne sont que des vétilles de la divine justice coranique. Par ailleurs, le despotisme et la répression, plus bestiaux encore que sous le Chah, s'exercent quotidiennement, au-delà des révolutionnaires, contre toute dissidence, y compris contre ceux qui ont étroitement collaboré avec Khomeiny. Les ressemblances avec le régime de la contre-révolution stalinienne sont très nombreuses. Mais en Iran, l'opium traditionnel du peuple — la religion — apparaît directement, par les mains des mollahs et des ayatollahs, comme tortionnaire, exploiteur et assassin.

Un régime pareil, il faut le dire, est une des répercussions mondiales, sans autre particularité qu'islamique, de l'oeuvre de Moscou, qui mata la vague révolutionnaire internationale entre les deux guerres. Cependant on ne peut guère douter que cette remontée de fange, antiquité et nouveauté mélangées, et précisément au nom « d'Allah miséricordieux », ne contribue finalement à casser l'influx de cette religion, un des facteurs mondiaux des plus réactionnaires à l'heure actuelle. Quelle sorte de révolutionnaires sont ceux qui n'ont pas été capables de le dénoncer comme tel depuis ses premières manifestations ?