Alarme, n° 8, avril-mai-juin 1980 (p. 14-15). PDF du numéro complet · Traduction en espagnol
Il n'est pas excessif de comparer l'Afghanistan et la guerre qui s'y déroule aujourd'hui, au Vietnam et à la guerre qui s'y déroulait jusqu'en 1975.
Au Vietnam se déroulait une guerre entre d'une part l'impérialisme américain et d'autre part "le peuple vietnamien en lutte pour sa libération", plus clairement exprimé: la classe capitaliste du Vietnam du Nord, appuyée matériellement par l'impérialisme russe dont le Nord-Vietnam était une des bases stratégiques, envoyant au casse-pipe prolétaires et paysans. Le triomphe des troupes du Nord ne fut en fin de compte que la victoire d'un impérialisme sur un autre, en simple continuité avec le caractère impérialiste de la lutte qui s'était menée jusque là.
En Afghanistan, aujourd'hui, se déroule une guerre semblable, presque en tous points, à la guerre du Vietnam. Derrière la résistance afghane à l'impérialisme russe, le commanditaire américain, par l'intermédiaire en partie de la Chine: les rôles sont cette fois inversés entre les deux grands. La même barbarie de la guerre se reproduit à une moins grande échelle en raison de la moins forte population: emploi de gaz, de bombes à billes, de bombes au napalm et d'armes jusqu'alors inconnues; l'usage de la torture; le massacre de populations civiles.
Qu'on ne vienne pas encore nous dire que la Russie n'est pas un impérialisme, qu'elle représente le Socialisme même si elle a quelques tares éliminables par une décision éclairée du comité central du PCUS prenant en compte les critiques de l'opposition intellectuelle (ou par une simple révolution politique), qu'elle est "l'amie-des-peuples-opprimés-qu'elle-aide-dans-leur-juste-combat-pour-leur-libération". Tous ces mensonges sont plus qu'éculés et la guerre d'Afghanistan en donne une fois de plus la preuve. La Russie EST un IMPERIALISME. La Russie EST un CAPITALISME D'ETAT dirigé par les ennemis les plus dangereux du prolétariat mondial et qui ne pourra être balayé, là comme ailleurs, que par une REVOLUTION SOCIALISTE. Révolution qui liquidera la couche dirigeante en même temps que l'économie capitaliste, la structure étatique capitaliste en même temps que le travail salarié, instaurant la dictature du prolétariat et l'économie socialiste, remettant la propriété des moyens de production à l'ensemble de la société. La Russie n'est que l'AMIE des classes CAPITALISTES dont elle peut se servir, livrant le reste de ces fameux "peuples opprimés" à l'arbitraire, à l'oppression sans limite et à l'exploitation odieuse de ses sous-fifres locaux. Libérés de l'impérialisme américain, oui, les "peuples opprimés" qu'aide la Russie le sont, mais au prix de leur soumission à son impérialisme. Mais de toute manière, ce qui nous importe et nous importe seul, c'est l'émancipation du prolétariat qui contient essentiellement l'émancipation de l'humanité entière. L'ennemi n'est pas tel ou tel impérialisme, ou même l'Impérialisme en général. L'ennemi c'est la propriété privée (individuelle ou étatique) des moyens de production, c'est les moyens de production jouant le rôle de capital, c'est-à dire de moyens d'exploitation de ceux-là mêmes qui les utilisent. Or, libérés, les prolétaires de quelque pays que ce soit ne le seront jamais tant que règnera la terrible TYRANNIE du CAPITALISME sur le monde, toujours plus sauvage et barbare de jour en jour, d'année en année jusqu'à la disparition apocalyptique de l'espèce humaine.
Nous assistons en ce moment à une montée de la tension internationale qui peut être un prologue à une troisième boucherie mondiale dans laquelle, en occident, nous serions directement impliqués. Ce qui n'empêche pas que dans le reste du monde des milliers d'hommes se fassent massacrer sur l'autel du capital. Ces hommes se font massacrer au nom du "Socialisme", de la démocratie et des droits de l'homme, de la libération nationale, de la libération du peuple, etc...
Ils se font en réalité massacrer au nom du capitalisme et pour le capitalisme. Les prolétaires et la chair à canon en général croient lutter, pour améliorer leur condition, sur leur propre terrain. Ils sont en fait embrigadés dans des factions qui favorisent directement ou indirectement le capitalisme et l'un ou l'autre des deux blocs impérialistes (U.S.A et Russie) qui se partagent le monde. C'est le manque de lutte réelle, principalement dans les pays où le prolétariat est relativement puissant, contre le capital et son organisation sociale basée sur l'exploitation de l'homme par l'homme et l'extorsion de plus-value, qui facilite le dévoiement des luttes ouvrières sur un terrain sans perspective communiste.