Premier Congrès général de l'Association internationale des travailleurs, tenu à Genève du 3 au 8 septembre 1866. Textes de la brochure Congrès ouvrier de l'Association internationale des travailleurs, tenu à Genève du 3 au 8 septembre 1866 (Genève, J.-C. Ducommun et G. Œttinger, 1866, p. 11-12, 15 et 25-28), d'après James Guillaume, L'Internationale. Documents et souvenirs, t. I, Paris, 1905, chap. II (Wikisource). Traducción al español
Statuts généraux (5 septembre 1866)
Considérant :
Que l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ; que les efforts des travailleurs pour conquérir leur émancipation ne doivent pas tendre à constituer de nouveaux privilèges, mais à établir pour tous les mêmes droits et les mêmes devoirs ;
Que l’assujettissement du travailleur au capital est la source de toute servitude politique, morale et matérielle ;
Que, pour cette raison, l’émancipation économique des travailleurs est le grand but auquel doit être subordonné tout mouvement politique ;
Que tous les efforts faits jusqu’ici ont échoué faute de solidarité entre les ouvriers des diverses professions dans chaque pays, et d’une union fraternelle entre les travailleurs des diverses contrées ;
Que l’émancipation des travailleurs n’est pas un problème simplement local ou national, qu’au contraire ce problème intéresse toutes les nations civilisées, sa solution étant nécessairement subordonnée à leur concours théorique et pratique ;
Que le mouvement qui s’accomplit parmi les ouvriers des pays les plus industrieux de l’Europe, en faisant naître de nouvelles espérances, donne un solennel avertissement de ne pas retomber dans les vieilles erreurs, et conseille de combiner tous les efforts encore isolés :
Par ces raisons :
Le Congrès de l’Association internationale des travailleurs, tenu à Genève le 3 septembre 1866, déclare que cette Association, ainsi que toutes les sociétés ou individus y adhérant, reconnaîtront comme devant être la base de leur conduite envers tous les hommes : la Vérité, la Justice, la Morale, sans distinction de couleur, de croyance ou de nationalité.
Le Congrès considère comme un devoir de réclamer non seulement pour les membres de l’Association les droits d’homme et de citoyen, mais encore pour quiconque accomplit ses devoirs. Pas de devoirs sans droits, pas de droits sans devoirs.
C’est dans cet esprit que le Congrès a adopté définitivement les suivants statuts de l’Association internationale des travailleurs.
STATUTS.
ART. 1er. — Une association est établie pour procurer un point central de communication et de coopération entre les ouvriers des différents pays aspirant au même but, savoir : le concours mutuel, le progrès et le complet affranchissement de la classe ouvrière.
ART. 2. — Le nom de cette association sera : Association internationale des travailleurs.
ART. 3. — Le Conseil général se composera d’ouvriers représentant les différentes nations faisant partie de l’Association internationale. Il prendra dans son sein, selon les besoins de l’Association, les membres du bureau, tels que président, secrétaire général, trésorier, et secrétaires particuliers pour différents pays.
Tous les ans, le Congrès réuni indiquera le siège du Conseil central, nommera ses membres, et choisira le lieu de la prochaine réunion. À l’époque fixée par le Congrès, et sans qu’il soit nécessaire d’une convocation spéciale, les délégués se réuniront de plein droit aux lieu et jour désignés. En cas d’impossibilité, le Conseil central pourra changer le lieu du Congrès, sans en changer toutefois la date.
ART. 4. — À chaque Congrès annuel, le Conseil général fera un rapport public des travaux de l’année. En cas d’urgence, il pourra convoquer le Congrès avant le terme fixé.
ART. 5. — Le Conseil général établira des relations avec les différentes associations ouvrières, de telle sorte que les ouvriers de chaque pays soient constamment au courant des mouvements de leur classe dans les autres pays ; qu’une enquête sur l’état social soit faite simultanément et dans un même esprit ; que les questions proposées par une société, et dont la discussion est d’un intérêt général, soient examinées par toutes, et que lorsqu’une idée pratique ou une difficulté internationale réclamerait l’action de l’Association, celle-ci puisse agir d’une manière uniforme. Lorsque cela lui semblera nécessaire, le Conseil général prendra l’initiative des propositions à soumettre aux sociétés locales ou nationales.
Il publiera un bulletin pour faciliter ses communications avec les Sections.
ART. 6. — Puisque le succès du mouvement ouvrier ne peut être assuré dans chaque pays que par la force résultant de l’union et de l’association ; que, d’autre part, l’utilité du Conseil général dépend de ses rapports avec les sociétés ouvrières, soit nationales, soit locales, les membres de l’Association internationale devront faire tous leurs efforts, chacun dans son pays, pour réunir en une association nationale les diverses sociétés ouvrières existantes. Il est bien entendu, toutefois, que l’application de cet article est subordonnée aux lois particulières qui régissent chaque nation. Mais, sauf les obstacles légaux, aucune société locale n’est dispensée de correspondre directement avec le Conseil général à Londres.
ART. 7. — Chaque membre de l’Association internationale, en changeant de pays, recevra l’appui fraternel des membres de l’Association. Par cet appui, il a droit : a) aux renseignements relatifs à sa profession dans la localité où il se rend ; b) au crédit, dans les conditions déterminées par le règlement de sa Section et sous la garantie de cette même Section.
ART. 8. — Quiconque adopte et défend les principes de l’Association peut en être reçu membre ; mais cela, toutefois, sous la responsabilité de la Section qui le recevra.
ART. 9. — Chaque Section est souveraine pour nommer ses correspondants au Conseil central.
ART. 10. — Quoique unies par un lien fraternel de solidarité et de coopération, les sociétés ouvrières n’en continueront pas moins d’exister sur les bases qui leur sont particulières.
ART. 11. — Tout ce qui n’est pas prévu par les statuts sera déterminé par les règlements, révisibles à chaque Congrès.
Règlement (8 septembre 1866)
1° Le Conseil central est obligé d’exécuter les résolutions du Congrès.
a) Il rassemble dans ce but tous les documents que les Sections centrales des différents pays lui enverront et qu’il saura se procurer par une autre voie.
b) Il est chargé d’organiser le Congrès et de mettre son programme à la connaissance de toutes les Sections par l’intermédiaire des Sections centrales des différents pays.
2° Le Comité central publiera, autant et si souvent que ses moyens le lui permettront, un bulletin qui embrassera tout ce qui peut intéresser l’Association internationale et qui doit s’occuper avant tout de l’offre et de la demande du travail dans différentes localités, des sociétés coopératives, et de l’état des classes laborieuses dans tous les pays.
3° Ce bulletin, rédigé dans plusieurs langues, sera envoyé gratis aux Sections centrales, qui en communiqueront un exemplaire à chacune de leurs Sections.
4° Pour faciliter au Conseil central l’exécution des devoirs qui leur sont imposés par les articles ci-dessus, tout membre de l’Association et des sociétés adhérentes versera, par exception, pour l’année 1866/7, une cotisation fixe de trente centimes.
Cette cotisation est destinée à couvrir les différentes dépenses du Comité central, comme : la pension du secrétaire général, les frais de la correspondance, des publications, des travaux préparatoires pour les Congrès, etc.
5° Partout où les circonstances le permettront, les bureaux centraux d’un groupe d’un certain nombre de Sections de la même langue seront établis. Les membres de ces bureaux centraux, élus et révocables à chaque moment par leurs Sections respectives, doivent envoyer leurs rapports au Comité central une fois par mois, et plus souvent s’il est nécessaire.
6° Les frais d’administration de ces bureaux centraux seront supportés par les Sections qui les ont établis.
7° Les bureaux centraux, non moins que le Comité central de l’Association, sont obligés de faire honneur au crédit qui sera donné aux membres de l’Association par leurs Sections respectives, mais autant seulement que leurs carnets seront visés par le secrétaire de la Section à laquelle appartient le membre qui demande le crédit.
En cas que le bureau auquel le membre adresse la demande de crédit n’ait pas de fonds disponibles, elle est en droit de tirer à vue sur la Section qui garantit pour le crédit.
8° Les bureaux centraux et les Sections sont obligés d’admettre tout membre de l’Association à prendre connaissance du bulletin du Conseil central.
9° Chaque Section, nombreuse ou non, a droit d’envoyer un délégué au Congrès. Si la Section n’est pas en état d’envoyer un délégué, elle s’unira avec les Sections voisines en un groupe qui nommera un délégué commun pour tout le groupe.
10° Les délégués recevront l’indemnité de la Section ou du groupe de Sections qui les ont nommés.
11° Chaque membre de l’Association internationale a le droit de vote aux élections et est éligible.
12° Chaque Section ou groupe de Sections qui compte plus de cinq cents membres a le droit d’envoyer un délégué pour cinq cents membres au-dessus de ce nombre primitif.
13° Chaque délégué n’a qu’une voix au Congrès.
14° Il est libre à chaque Section de rédiger ses statuts particuliers et ses règlements conformément aux circonstances locales et aux lois de son pays ; mais ils ne doivent en rien être contraires aux statuts et règlements généraux.
15° La révision des statuts et des règlements présents peut être faite par chaque Congrès, à la demande des deux tiers des délégués présents.
Déclaration sur la lutte du travail et du capital
Le Congrès déclare que, dans l’état actuel de l’industrie, qui est la guerre, on doit se prêter une aide mutuelle pour la défense des salaires. Mais il est de son devoir de déclarer en même temps qu’il y a un but plus élevé à atteindre : la suppression du salariat. Il recommande l’étude des moyens économiques basés sur la justice et la réciprocité.
Décisions sur le Conseil central et sur le prochain Congrès (8 septembre 1866)
1° Que le siège du Conseil central pour l’année 1867 reste à Londres ;
2° Que les membres du Conseil central sont réélus à l’exception d’un seul d’entre eux, qui est exclu à cause des calomnies dont il s’est rendu coupable contre quelques-uns de ses collègues ;
3° Que le prochain Congrès aura lieu à Lausanne le premier lundi du mois de septembre 1867.
Les résolutions rédigées par Karl Marx
Les autres résolutions adoptées par le Congrès reprennent pour l’essentiel les Instructions pour les délégués du Conseil central provisoire rédigées par Karl Marx.