Circulaire du Conseil général de l'Association internationale des travailleurs, rédigée par Karl Marx et adoptée le 22 décembre 1868. Texte d'après sa reproduction intégrale dans « Les prétendues scissions dans l'Internationale » (Genève, 1872), selon la transcription de marxists.org (d'après « Le Mouvement socialiste », 1913). Traducción al español.
Il y a un mois environ qu'un certain nombre de citoyens s'est constitué à Genève comme Comité central initiateur d'une nouvelle Société internationale dite « l'Alliance Internationale de la Démocratie socialiste se donnant pour mission spéciale d'étudier les questions politiques et philosophiques sur la base même de ce grand principe de l'égalité », etc. »
Le programme et le règlement imprimés de ce Comité initiateur n'ont été communiqués au Conseil général de l'Association Internationale des Travailleurs que le 15 décembre 1868. D'après ces documents, ladite Alliance est « fondue entièrement dans l'Internationale » en même temps qu'elle est fondée entièrement en dehors de cette association. À côté du Conseil général de l'Internationale élu par les Congrès successifs de Genève, Lausanne et Bruxelles, il y aura, d'après le règlement initiateur, un autre Conseil général à Genève qui s'est nommé lui-même. À côté des groupes locaux de l'Internationale, il y aura les groupes locaux de l'Alliance qui, par l'intermédiaire de leurs bureaux nationaux, fonctionnant en dehors des bureaux nationaux de l'Internationale, « demanderont au Bureau central de l'Alliance leur admission dans l'Internationale », le Comité central de l'Alliance s'arrogeant ainsi le droit d'admission dans l'Internationale. En dernier lieu, le Congrès général de l'Association internationale des travailleurs trouvera encore sa doublure dans le Congrès général de l'Alliance, car, dit le règlement initiateur, au congrès annuel des travailleurs, la délégation de l'Alliance de la démocratie socialiste, comme branche de l'Association internationale des travailleurs, « tiendra ses séances publiques dans un local séparé. »
Considérant
Que la présence d'un deuxième corps international fonctionnant à l'intérieur et à l'extérieur de l'Association internationale des travailleurs serait le moyen le plus infaillible de la désorganiser ;
Que n'importe quel autre groupe d'individus, résidant dans une localité quelconque, aurait le droit d'imiter le groupe initiateur de Genève et, sous des prétextes plus ou moins plausibles, de greffer sur l'Association internationale des travailleurs d'autres associations internationales avec d'autres « missions spéciales » ;
Que de cette manière l'Association internationale des travailleurs deviendrait bientôt le jouet des intrigants de toute race et de toute nationalité ;
Que d'ailleurs les statuts de l'Association internationale des travailleurs n'admettent dans son cadre que des branches locales et nationales (voir l'article 1 et l'article 6 des statuts) ;
Que défense est faite aux sections de l'Association internationale de se donner des statuts ou règlements administratifs contraires aux statuts généraux et aux règlements administratifs de l'Association internationale (voir l'article 12) ;
Que les statuts et règlements administratifs de l'Association internationale ne peuvent être révisés que par un congrès général où deux tiers des délégués présents voteraient en faveur d'une telle révision (voir l'article 13 des règlements administratifs) ;
Que la question a déjà été jugée par les résolutions contre la Ligue de la paix, adoptées à l'unanimité par le Conseil général de Bruxelles ;
Que, dans ses résolutions, le congrès déclarait que la Ligue de la paix n'avait aucune raison d'être, puisque, d'après ses récentes déclarations, son but et ses principes étaient identiques à ceux de l'Association internationale des travailleurs ;
Que plusieurs membres du groupe initiateur de l'Alliance, en leur qualité de délégués au Congrès de Bruxelles, ont voté ces résolutions:
Le Conseil général, dans sa séance du 22 décembre 1868, a unanimement résolu:
Tous les articles du règlement de l'Alliance internationale de la démocratie socialiste, statuant sur ses relations avec l'Association internationale des travailleurs, sont déclarés nuls et de nul effet ;
L'Alliance internationale de la démocratie socialiste n'est pas admise comme branche de l'Association internationale des travailleurs.
G. ODGER, président de la séance.
V. SHAW, secrétaire général.
Londres, 22 décembre 1868.