Alarme, n° 19, janvier-février-mars 1983 (p. 11). PDF du numéro complet
Après les événements d'Aulnay et de Renault-Flins, la CFDT est obligée de préciser sa position quant à l'application de la loi Auroux du 4 aout 82 sur l'expression "directe" des travailleurs. En effet la toute démocratique CFDT par l'intermédiaire de son secrétaire national Jean Paul Jacquier déclarait le 3/2/83 : "le droit d'expression appartient aux salariés eux-mêmes quelle que soit leur catégorie, et ils doivent l'exercer sans tutelle patronale ou syndicale". Mais un peu plus loin : "la création de groupes d'expression chez Citroen ou chez Renault en période de conflits ne pourrait que durcir la situation en transformant les conflits en match de boxe." Sur la violence la CFDT est également très claire. Passons la parole à Edmond Maire et voyons ce qu'il a dit après les troubles d'Aulnay : "on ne peut admettre la violence dans les relations sociales".
Pour conclure donc, en période de conflit pour la CFDT, l'expression ouvrière indépendante n'est pas viable et elle devra donc céder le pas à l'expression syndicale. Cela en dit long sur les prétendues conquêtes démocratiques chères aux trotskistes, et la CFDT peut même se payer le luxe d'un langage plus démocratique et plus extrémiste qu'eux quand il s'agit en période de désyndicalisation potentielle, de posséder un langage original. Une fois les rangs ouvriers reconquis rien ne les empêche face à un mouvement de changer de langage. Témoin le "camarade" ministre Jean Auroux à propos d'Aulnay : "les coupables doivent être exclus de la collectivité du travail... ces méthodes relèvent de pratiques terroristes et mettent en cause la liberté du travail" et ce malgrè avoir auparavant favorisé la concertation avec la CGT responsable.
Il ne s'agit pas pour nous de défendre la CGT, car si nous pensons qu'elle est responsable c'est qu'elle a dans la plus pure tradition stalinienne la capacité d'assumer en la dénaturant la violence ouvrière. De là découle sa position, dans le cadre de la loi Auroux, de mettre en place des délégués de chaîne. Plus perspicace que les autres centrales dans la défense du capital, il s'agit pour elle par l'intermédiaire de ces délégués d'accélérer un processus de conquête du capital d'Etat, tout en démoralisant les ouvriers par la condamnation de la violence après coup. Transformer les ouvriers en mercenaires puis en forçats du capitalisme d'Etat est la tactique chérie des staliniens. De toute manière le droit capitaliste ne peut engendrer que le droit à l'exploitation. Le délire autogestionnaire n'entraine que le délire de l'auto-aliénation et le délégué de chaine à la solde de la CGT n'est rien qu'un mercenaire du capitalisme d'Etat. La seule expression directe des ouvriers c'est l'organisation et la violence contre tous les garants de l'ordre capitaliste et donc entre autre la force syndicale.