Congrès tenu à La Haye du 2 au 7 septembre 1872. Le rapport de la Commission d'enquête, la déclaration de Splingard et la déclaration de la minorité sont donnés d'après James Guillaume, L'Internationale, documents et souvenirs, tome II (Paris, 1907), qui reproduit le compte-rendu du Bulletin de la Fédération jurassienne (15 septembre-1er octobre 1872). Traducción al español.

Documents de Marx et Engels

Le rapport du Conseil général, les résolutions du Congrès et le rapport sur l'Alliance présenté au nom du Conseil général sont publiés à part : Offizieller Bericht des Londoner Generalrats, Resolutionen des allgemeinen Kongresses zu Haag et Bericht über die Allianz der sozialistischen Demokratie.

Rapport de la Commission d’enquête sur la Société l’Alliance (7 septembre 1872)

Le temps ayant manqué à la Commission pour vous présenter un rapport complet, elle ne peut que vous fournir une appréciation, motivée sur des documents qui lui sont communiqués et les dépositions qu’elle a reçues.

Après avoir entendu les citoyens Engels, Karl Marx, Wroblewski, Dupont, Serraillier et Swann pour l’Association ;

Et les citoyens Guillaume, Schwitzguébel, Joukovsky, Alerini, Morago, Marselau, Farga-Pellicer, accusés de faire partie de la société secrète l’Alliance,

Les soussignés déclarent :

1° Que l’Alliance secrète, fondée avec des statuts complètement opposés à ceux de l’Association internationale des travailleurs, a existé, mais qu’il ne lui est pas suffisamment prouvé qu’elle existe encore ;

2° Qu’il est prouvé par un projet de statuts et des lettres signées « Bakounine » que ce citoyen a tenté et peut-être réussi de fonder, en Europe, une société appelée l’Alliance, ayant des statuts complètement différents au point de vue social et au point de vue politique de ceux de l’Association internationale des travailleurs ;

3° Que le citoyen Bakounine s’est servi de manœuvres frauduleuses tendant à s’approprier tout ou partie de la fortune d’autrui, ce qui constitue le fait d’escroquerie ;

Qu’en outre, pour ne pas devoir remplir ses engagements, lui ou ses agents ont eu recours à l’intimidation ;

Pour ces motifs, les citoyens membres de la Commission demandent au Congrès :

1° D’exclure le citoyen Bakounine de l’Association internationale des travailleurs ;

2° D’exclure également les citoyens Guillaume et Schwitzguébel, convaincus qu’ils font encore partie de la société dite l’Alliance ;

3° Que dans l’enquête il nous a été prouvé que les citoyens Malon, Bousquet, — ce dernier secrétaire de commissaire de police à Béziers (France) — et Louis Marchand, ayant demeuré à Bordeaux, tous convaincus d’agissements ayant pour but la désorganisation de la Société internationale des travailleurs ; la Commission demande également leur expulsion de la Société ;

4° Qu’en ce qui concerne les citoyens Morago, Farga-Pellicer, Marselau, Alerini et Joukovsky, la Commission, s’en rapportant à leurs déclarations formelles de ne plus faire partie de ladite société l’Alliance, demande que le Congrès les déclare hors de cause.

Pour mettre à couvert leur responsabilité, les membres de la Commission demandent que les documents qui leur ont été communiqués, ainsi que les dépositions faites, seraient publiés par eux dans un organe officiel de l’Association.

La Haye, le 7 septembre 1872.

Le Président : Ph.-P. Cuno, délégué de Stuttgart et de Düsseldorf.
Le Secrétaire : Lucain, délégué de France.

Déclaration de Roch Splingard, membre de la Commission d’enquête

Je proteste contre le rapport de la Commission d’enquête sur l’Alliance et me réserve de faire valoir mes raisons devant le Congrès. Une seule chose me paraît acquise au débat, c’est la tentative de M. Bakounine d’organiser une société secrète au sein de l’Association.

Quant aux expulsions proposées par la majorité de la Commission d’enquête, je déclare ne pouvoir me prononcer comme membre de ladite Commission, n’ayant pas reçu de mandat à ce sujet, et me déclarant prêt à combattre cette décision devant le Congrès.

Roch Splingard.

Déclaration de la minorité (7 septembre 1872)

Nous soussignés, membres de la minorité du Congrès de la Haye, partisans de l’autonomie et de la fédération des groupes de travailleurs, devant le vote de décisions qui nous semblent aller à l’encontre des principes admis par les pays que nous représentons, mais désirant éviter toute espèce de scission dans le sein de l’Association internationale des travailleurs, faisons les déclarations suivantes, que nous soumettons à l’approbation des Sections qui nous ont délégués :

1° Nous continuerons avec le Conseil général nos rapports administratifs concernant le paiement des cotisations, la correspondance et la statistique du travail ;

2° Les Fédérations représentées par nous établiront entre elles et toutes les branches de l’Internationale régulièrement constituées des rapports directs et continus ;

3° Dans le cas où le Conseil général voudrait s’ingérer dans les affaires intérieures d’une Fédération, les Fédérations représentées par les soussignés s’engagent solidairement à maintenir leur autonomie tant que ces Fédérations n’entreront pas dans une voie directement contraire aux Statuts généraux de l’Internationale, approuvés au Congrès de Genève ;

4° Nous engageons toutes les Fédérations et Sections à se préparer, d’ici au prochain Congrès général, au triomphe, dans le sein de l’Internationale, comme base de l’organisation du travail, des principes de l’autonomie fédérative ;

5° Nous répudions hautement tout rapport avec le soi-disant Conseil fédéraliste universel de Londres ou toute autre organisation semblable étrangère à l’Internationale.

Alerini, Farga-Pellicer, Morago, Marselau, délégués de la Fédération d’Espagne ;
Brismée, Coenen, Fluse, Van den Abeele, Eberhardt, délégués belges ;
Schwitzguébel, Guillaume, délégués jurassiens ;
Dave, Gerhard, délégués de Hollande ;
Sauva, délégué d’Amérique.